Commentaire :
NĂ© lĂ© 22 aoĂ»t 1900 Ă Vodňany (RĂ©publique tchèque) - mort le 26 juillet 1960 Ă Vienne (Autriche)
Váša PřĂhoda est un violoniste et compositeur tchèque
Il est nĂ© Ă Vodňany, en BohĂŞme-du-Sud. Son père Alois, violoniste, est le fondateur d’une Ă©cole de musique pragoise. Le jeune Váša grandit donc Ă Prague, et suit les cours de violon de son père jusqu’en 1910. Il suit ensuite les cours particuliers de Jan Mařák (lui-mĂŞme Ă©lève d’Otakar Ĺ evčĂ Âk). Il reste cependant principalement un autodidacte, n’ayant eu aucune expĂ©rience du conservatoire.
Le 30 septembre 1912, le jeune violoniste donne sa première reprĂ©sentation publique. Le 12 dĂ©cembre 1913, il s’essaie au Mozarteum de Prague avec le quatrième concerto pour violon de Wolfgang Mozart. Pendant la Première Guerre Mondiale, il parvient Ă assurer quelque subsistance Ă sa famille grâce Ă ses concerts. Après la guerre, il effectue une tournĂ©e suisse en 1919, pays oĂą il est accueilli et logĂ© par un certain Kučera (aide salvatrice au vu des ressources du musicien). Son impresario Richter l’emmène ensuite Ă Milan et en Yougoslavie en compagnie de la pianiste Asta (diminutif d’Augusta) Doubravská, qui restera sa partenaire jusqu’à 1925 environ.
Un concert à Trieste, en Italie, lui rapporte de bonnes critiques mais, hélas, pas de rémunération, et c’est complètement ruiné qu’il retourne à Milan.
La roue tourne le 27 dĂ©cembre 1919. Ă€ l’occasion d’un concert donnĂ© au "CafĂ© Ristorante Grande Italia" de Milan, oĂą le cĂ©lèbre chef (d’orchestre) Arturo Toscanini est conviĂ© par un journaliste, PřĂhoda exĂ©cute les variations de NiccolĂ Paganini sur « Nel cor piĂą non mi sento ». Toscanini est sous le charme et dĂ©clare Ă l’interprète que Paganini lui-mĂŞme n’aurait pas pu mieux jouer. Un tel compliment venant d’une pointure telle que Toscanini permet Ă notre virtuose tchèque de dĂ©finitivement percer dans le milieu.
L’agent italien Frattini est dĂ©sormais en mesure d’assurer Ă PřĂhoda quelque 48 concerts en Italie qui reçoivent, on peut l’imaginer, un accueil cette fois sonnant et trĂ©buchant en plus d’être chaleureux.
En juin 1920, le violoniste entreprend, en compagnie de Doubravská, une tournée en Amérique du sud, puis aux États-Unis. Ils passent par Buenos Aires, Sao Paolo, New York, Chicago, Detroit, Cleveland…, autant de succès. L’Edison Company publie un premier enregistrement des deux musiciens.
Ă€ son retour en Europe, PřĂhoda prĂ©pare dĂ©sormais un concert Ă Vienne. Son interprĂ©tation des variations de Paganini, grâce auxquelles il perfectionne sa technique, suscite encore et toujours des rĂ©actions enthousiastes.
Au milieu des années 1920, le virtuose est au sommet de son art en Europe. Il rencontre le violoniste Arnold Rosé à Vienne, puis la fille de celui-ci, Alma, également violoniste virtuose (on constate que ce milieu violonistique semble très fermé voire endogame), au cours d’un concert donné le 11 novembre 1928. Il épousera la jeune fille le 16 septembre 1930, avec comme témoins le père de la mariée ainsi que l’écrivain Franz Werfel.
Váša PřĂhoda apparaĂ®t mĂŞme en 1936 au cinĂ©matographe, dans « Die weiĂźe Frau des Maharadscha » (« La femme blanche du Maharadjah ».
En 1930, PřĂhoda acquiert une propriĂ©tĂ© non loin de Prague, Ă Zaryby, d’oĂą le couple poursuit ses activitĂ©s musicales, parfois ensemble, parfois chacun de son cĂ´tĂ©. En 1933, Alma ainsi fonde la « Wiener Walzermädeln », un orchestre de variĂ©tĂ© fĂ©minin. Toutefois, le couple se sĂ©pare en 1935.
Avec la seconde guerre mondiale, PřĂhoda se tourne davantage vers l’enseignement : il devient ainsi professeur Ă l’AcadĂ©mie de Musique de Munich jusqu’à la fin du conflit. Il fonde cependant le Meistertrio avec le violoncelliste Paul GrĂĽmmer et le pianiste Michael Raucheisen en 1942, et donne plusieurs reprĂ©sentations Ă Prague et en Allemagne notamment.
Ces activités en Allemagne lui coûteront cher après-guerre, tant dans son pays natal qu’à l’étranger.
Ă€ Prague en effet, le comitĂ© central le condamne Ă une amende pour collaboration et surtout Ă une interdiction de se produire dans la partie tchèque du pays (la partie slovaque lui restant ouverte). Le violoniste Dusan Pandula, qui officiait Ă l’époque au grand opĂ©ra de Prague, raconte mĂŞme que PřĂhoda et d’autres furent particulièrement brimĂ©s par le pouvoir.
C’est probablement pourquoi, lors d’une tournée de concerts en France, le virtuose téléphone à sa femme de se rendre à Rapallo, en Italie, avec armes et bagages, pour qu’il l’y rejoigne. Les autorités tchèques refusant par la suite de renouveler son passeport, il parvint grâce à ses relations à obtenir la nationalité turque et donc à déjouer les complications administratives qui l’auraient empêché de séjourner à l’étranger. Il est donc libre de se produire à Alexandrie, à Ankara ou encore à Istanbul.
De mĂŞme, Ă la suite d’une campagne de presse lui reprochant la mort de sa première femme Alma en camp de concentration en 1944, Vienne lui bloque brièvement toute possibilitĂ© de reprĂ©sentation. Pourtant, PřĂhoda n’apprit le sort de son ex-Ă©pouse qu’après la fin de la guerre et, selon sa troisième femme, avec beaucoup de tristesse. Vienne finit par le rĂ©habiliter en 1946. Ă€ partir de 1947, PřĂhoda s’y produira chaque annĂ©e.
Enfin, en 1949, il joue aux États-Unis. La critique américaine n’est pas tendre envers lui, toujours en raison du maintien de ses activités artistiques en Allemagne pendant la guerre.
C’est vers cette époque que des problèmes cardiaques et respiratoires, qui le perturbent significativement, apparaissent.
Il s’installe alors à St. Gilgen am Wolfgangsee, en Autriche, non loin de Salzbourg, lieu de villégiature agréable s’il en est. Il y enseigne ainsi qu’à Salzbourg, Prague et Munich. À partir de 1950, il est professeur à l’Académie de musique et des arts du spectacle de Vienne. C’est de cette époque que datent quelques compositions de musique de chambre, guère jouées de nos jours. Par ailleurs il réalisa plusieurs transcriptions d'œuvres célèbres.
En 1954, il exécute le concerto pour violon d’Henri Vieuxtemps, sous la direction de Franz Marszalek, avec l’orchestre radiophonique de Cologne. Quelques jours après, il se casse le bras droit, et ne pourra reprendre les concerts qu’à partir de 1955.
Ses problèmes de santé affaiblissent de plus en plus le musicien qui doit même se trouver un logement à Vienne pour limiter ses déplacements domicile-travail.
En 1956, il est enfin de retour au pays natal Ă l’occasion du festival de printemps. Il joue avec le pianiste Alfred Holeček au Rudolfinum, ou encore au Smetana Hall oĂą il interprète le concerto pour violon de Dvořák. MalgrĂ© un fervent enthousiasme du public, la critique journalistique, incitĂ©e en ce sens par le pouvoir, est nĂ©gative.
Le violoniste effectue ses derniers enregistrements en Italie en 1957, et donne ses derniers concerts en avril 1960.
Váša PřĂhoda meurt Ă Vienne le 26 juillet 1960, d’une crise cardiaque.
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